Les communiqués de l'évêché :

une rhétorique construite sur la peur de l'autre

Les deux communiqués publiés par le diocèse discréditent l’association Carrefour et annoncent la volonté de la voir expulsée de l’immeuble de la rue Marchant. La rédaction de ces deux textes relève d’une méthode argumentaire fallacieuse qu’il convient de dénoncer.

La rhétorique par amalgame utilisée est similaire à celle qu’affectionnent les mouvements populistes.
 

En voici la démonstration.

 

1 – On part d’un fait réel qui a suscité une profonde émotion dans la population messine et une crainte tout aussi marquée dans le quartier où il s’est produit. Il s’agit de l’incendie qui a frappé trois immeubles du début de la rue Marchant, juste à côté de l’église Sainte-Ségolène, dans la nuit du 19 mai 2020 et qui s’est soldé par sept blessés.

 

2 – On amalgame à cet événement objectif une fausse information qui aggrave le sentiment d’insécurité avec des sous-entendus basés sur la peur de l’autre, surtout quand il est jeune et étranger. On peut en effet lire dans le communiqué publié sur le site internet du diocèse : « de nombreux jeunes en situation précaire sont hébergés dans un immeuble de cette même rue, appartenant à Caritas Moselle ».

 

Ces jeunes sont ceux que l’association Carrefour accueille. Contrairement à ce que le communiqué laisse entendre, il ne s’agit pas de jeunes en situation précaire. Ce sont des collégiens, des lycéens, des étudiants, des apprentis, des travailleurs jouissant d’une position stable car accompagnés, non seulement par l’association Carrefour, mais aussi par le Conseil départemental et l’État qui lui en ont délégué la responsabilité et qui financent leur séjour. Certes la plupart de ces jeunes sont étrangers et ont fui leur pays d’origine pour se mettre en sécurité et éviter la guerre, l’exploitation et la misère.

 

3 – Une fois que le sentiment d’insécurité et la peur sont ainsi réactivés, les communiqués évoquent une sorte de devoir d’alerte sécuritaire. C’est pour cette raison que l’évêché s’est cru obligé d’en informer les pouvoirs publics.

 

Mais l’auteur des communiqués oublie ou ne sait pas que les autorités ainsi saisies assurent eux-mêmes des responsabilités par rapport à la sécurité du bâtiment pour laquelle l’association Carrefour serait défaillante.

 

  • D’abord par ce que c’est bien l’État et le Conseil départemental qui contrôlent le fonctionnement de l’association qu’ils agréent, autorisent à fonctionner et financent.

 

  • Ensuite et surtout parce que la sécurité incendie d’un établissement recevant du public (ERP) relève d’une inspection triennale de la commission de sécurité placée sous la responsabilité du préfet et comprenant un de ses représentants, le maire de la commune ou son représentant, un sapeur-pompier du service départemental d’incendie et de sécurité (SDIS), un représentant du ministère de l’Équipement (Direction départementale des Territoires).

 

La dernière visite périodique de sécurité des bâtiments de Carrefour au 6 rue Marchant date du 5 décembre 2018. La commission a renouvelé un avis favorable à la poursuite de l’exploitation par l’association de ses activités d’hébergement, de restauration et de location de salles. Ce document signé par le préfet est consultable soit auprès de l’association elle-même, soit auprès du cabinet du préfet de la Moselle. Et, à tout moment, le préfet ou le maire peuvent décider d’une visite inopinée de sécurité.

 

L’oubli ou le fait de passer sous silence ces éléments importants est bien sûr utile dans la rhétorique utilisée par l’auteur des communiqués, car sinon comment agir sur le sentiment de peur et d’insécurité pour discréditer l’association Carrefour ?